L'ancien porte-avions Clemenceau a quitté Brest (Finistère) mardi dans le sillage d'un remorqueur, pour gagner sa dernière destination, le chantier de déconstruction d'Hartlepool (nord-est de l'Angleterre), exploité par la société Able UK. Le collectif d'associations mobilisées contre son transfert a pris acte de son départ "sans amertume".
"Nous pensons que la décision du tribunal administratif de Rennes (Ille-et-Vilaine) de ne pas suspendre son départ est politique, mais tant pis", a déclaré à l'Associated Press Jean-Paul Hellequin, président de Mor Glaz, association qui milite pour une mer propre et des pratiques respectueuses des hommes et de l'environnement.
En milieu d'après-midi mardi, le Clemenceau désormais appelé Q790 avançait à petite vitesse à l'extrémité nord de la Bretagne, dans le sillage du remorqueur océanique Anglian Earl, affrété par la société d'exploitation du chantier, Able UK. "Selon nos prévisions, il devrait rallier Hartlepool entre quatre et cinq jours", soit samedi ou dimanche, a précisé le capitaine de frégate Bertrand Hudault, officier de relations publiques de la préfecture maritime de l'Atlantique.
Le patrouilleur de la marine nationale Flamant et le remorqueur de haute mer Malabar suivent le convoi. Une présence militaire a été requise, par arrêté du préfet maritime de l'Atlantique, lundi, pour écarter à plus de 300 mètres tout importun sur le parcours du convoi dans les eaux territoriales françaises, de Brest jusqu'au détroit du Pas-de-Calais.
Les opposants prennent acte du départ du Clemenceau, mais ne désarment pas. Même si leurs moyens de contestation sont minces désormais. "Selon les motivations de la décision du tribunal administratif de Rennes de rejeter (lundi) les deux référés suspension que mon client, l'association AE2D (Agir pour l'environnement et le développement durable) avait déposés, je formulerai ou non un pourvoi en cassation devant le Conseil d'Etat", a expliqué l'avocat David Rajjou. Elles devront être soit incomplètes, soit critiquables".
"De toutes les façons, il me semble peu probable qu'une décision devant le Conseil d'Etat, si elle nous était favorable, fasse revenir le Clemenceau à Brest", a-t-il reconnu. En revanche, les actions juridiques que son homologue anglais, défenseur de l'association "Friends of Hartlepool" ne manquera pas de déposer -en particulier sur la procédure de déconstruction du Clemenceau- nourriront les recours au fond que la justice examinera en France dans les prochaines semaines, a-t-il précisé en substance. "Nous allons mettre en place une veille juridique pour suivre la déconstruction du Clemenceau", a ajouté Me Rajjou.
Le Clemenceau parti, les adeptes de la déconstruction à Brest, un temps sur les rangs pour démanteler sur place l'ancien porte-avions lorgnent d'autres bâtiments à déconstruire. "Nous allons demander à rencontrer rapidement le préfet maritime de l'Atlantique pour lancer une filière à Brest", a souligné Jean-Paul Hellequin. "La page Clemenceau est tournée, mais il reste un livre à écrire".
Le porte-avions Clemenceau, admis au service actif en 1961, a été désarmé en 1997. Il va servir de garage de pièces de rechange pour l'autre porte-avions français, le Foch, avant d'être transféré en 2002 sous le nom Q790 à la Direction nationale des interventions domaniales. Il est vendu en 2003 à un chantier espagnol mais l'Etat français casse le contrat quand il voit que le porte-avions est remorqué vers la Turquie. Retour à Toulon fin 2003. Vendue une seconde fois à un chantier indien, la coque Q790 quitte la France fin décembre 2005. Mais en février 2006, le Conseil d'Etat donne raison à des associations écologistes en ordonnant la suspension du transfert de l'ex-Clemenceau vers l'Inde. L'ancien porte-avions rallie Brest le 17 mai de la même année. A l'issue d'un nouvel appel d'offres, Able UK remporte le marché en juillet 2008.
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